Le Maroc et les droits de l’Homme: vive le shmilblick

Je ne suis pas experte en matière des droits de l’Homme mais je prends le risque d’offrir une lecture critique des études des organisations internationales. 

Deux rapports ont été publiés sur le statut des droits de l’Homme au Maroc récemment. Le rapport attendu du Haut Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU (CDH) et celui d’Amnesty International.

Une lecture croisée des deux permet de mesurer le véritable état des lieux et de cerner les lacunes présentes dans l’un et l’autre quant à ce qui est vécu sur le terrain et ce qui est rapporté par les mouvements pro-démocratie et droits humains dans le royaume.

Style et terminologie:

Le style est très distinct selon qu’il s’agisse de l’ONU ou d’Amnesty; l’un verse dans l’euphémisme et enrobe les recommandations d’encouragements et appréciations des efforts engagés par le pays. L’autre fait moins dans la guimauve. Le plus manifeste est la terminologie utilisée: le CDH parle d’"allégations" quant aux cas d’arrestations et de dispersions violentes des manifestations. Allégations dans la terminologie juridique donne un caractère hypothétique ou en attente de confirmation à ce qui est énoncé. Or, les militants savent que la brutalité policière est réelle, conduisant à la mort de Kamal Ammari par exemple ou encore Nabil Zouhri, (mort en mars dernier, soit trop récemment pour être recensé dans le rapport AI)

La Constitution

Le rapport du CDH fait état de "progrès considérables" du pays après l’adoption de la nouvelle constitution. Le rapport mentionne le référendum sans s’interroger sur le chiffre de 98,5% alors qu’il révèle toute la problématique politique entourant le processus d’élaboration et de vote de ladite constitution.  Amnesty n’est pas en reste à ce sujet précis: " À l’issue d’un processus boycotté par les chefs des protestataires, une nouvelle Constitution a été approuvée par un référendum national le 1er juillet" y est-il écrit.  On laisse entendre ainsi que les "chefs des protestataires" iraient contre la volonté populaire. Une nuance aurait dû être apportée pour justement souligner le caractère inique du processus de "réforme" constitutionnelle, qui, rappelons-le a été initié par le palais après avoir désigné une commission elle-même faisant partie des arcanes makhzéniennes.

Torture et détentions abusives

Le CDH dénonce l’absence de suivi par le Maroc des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation (mentionnée dans un précédent billet)

Quant aux prisonniers politiques, beaucoup manquent à l’appel dans la période couverte par le rapport Amnesty.  Ezzedine Erroussi particulièrement  par exemple. Seuls sont mentionnés Belghouat et Nini. Pour ce qui est des militants du 20 février, on utilise l’euphémisme du conditionnel: ceux-ci auraient été détenus ou interrogés. Les familles auraient été intimidées. alors que les faits sont avérés tant par l’AMDH que par les 20 févriéristes. La torture subie par Zakaria Moumni est mentionnée en filigrane alors que son témoignage est tout à fait poignant et que son cas avait fait la une des journaux durant la période couverte par le rapport. En comparant avec d’autres rapports pour des pays comme Bahreïn ou le Yémen, le conditionnel n’est pas utilisé, le ton est nettement  plus à l’injonction. Pourquoi le Maroc bénéficie-t-il d’un "ton de faveur"? Et surtout, pourquoi Amnesty met-elle en avant les cas de "Pardon Royal" ?

Le CDH pour sa part dresse une liste de recommandations faites par les pays représentés lors de la session 148 en tout dont le Maroc refusera 7 et rejettera une qui porte sur le Sahara Occidental.  Pour le cas spécifique de la torture, un pays se démarque par une recommandation plus virulente:  les USA. La recommandation 39 énonce ainsi:" Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude face aux arrestations de journalistes, blogueurs et artistes, des allégations de brutalité par la police contre les manifestations pacifiques et la torture de détenus par les forces de sécurité".

Caractère d’une hypocrisie totale lorsque l’on sait que les USA ont envoyé à plusieurs reprises des détenus  se faire torturer dans le pays puisque torturer aux Etats-Unis même est interdit (la belle affaire!). Techniquement, cela s’appelle Extraordinary Rendition. Ou plus directement, Torture by Proxy. Ramzi bin al-Shibh et Mohamed Binyam,  parmi d’autres, ont explicité les traitements qu’ils ont subis au Maroc. A partir de là, on peut se demander de quelle crédibilité jouira cette recommandation du "patron" américain…

Encore plus hypocrite est la réponse du gouvernement marocain: "le Maroc a assuré que des mesures et actions pour prévenir la torture sont renforcées dans la loi et la pratique et que les conditions des détenus sont en voie d’amélioration". Sur le terrain, on sait bien que c’est faux.

Enfin, aucun des rapports ne mentionne les immolations par le feu alors que pour des pays comme le Tibet, cela fait partie des sonnettes d’alarme tirées par les organisations internationales. Le Maroc a rencontré plusieurs cas d’immolations en 2011 dont les plus connus sont ceux de Fadoua Laroui le 21 février 2011 et Hamid Kanouni le 7 août 2011. Tous deux ont succombé à leurs brûlures  les jours suivant leur immolation.

Droits de la femme

Le Maroc déclare lors de la session avec le HRC avoir "retiré toutes réserves quant à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes qui sont devenues obsolètes du fait de l’adoption de la nouvelle Moudawana et du nouveau code sur la nationalité". L’article 5 al. a de ladite Convention énonce pourtant qu’il faut "Modifier les schémas et modèles de comportement socioculturels de l’homme et de la femme en vue de parvenir à l’élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l’idée de l’infériorité ou de la supériorité de l’un ou l’autre sexe ou d’un rôle stéréotypé des hommes et des femmes.  " Quid donc de l’héritage, du traitement du viol tant sur le plan judiciaire que social, de l’éducation etc?

Le Maroc affirme enfin sa volonté d’oeuvrer vers l’élaboration d’une loi sur les violences conjugales ainsi que vers l’abrogation de l’article 475 du code pénal et dont l’interprétation conduit au mariage entre violeur et victime et l’évitement de prison pour les violeurs. L’optimisme requiert une réjouissance de telles dispositions mais la prudence exige un réalisme à toutes épreuves lorsque l’on sait comme les textes, dans notre "beau pays", relèvent plus du décor que d’un respect à la lettre des principes de droit.

Enfin, pourrions-nous pousser le réalisme jusqu’à dire que ces rapports, en ne condamnant pas le pays directement et fermement, ne servent pas non plus à grand-chose?

Lire aussi l’article de Mohammed Jaabouk sur Yabiladi

 


Ce que le Makhzen veut pour son peuple

Des courbettes, des courbettes, et des courbettes, assorties de baise-main…même à un gamin de 9 ans,  désigné prince héritier par papa,  avant même d’atteindre l’âge légal religieux. Normalement, il appartient au conseil des oulémas de prendre la décision après avoir jugé de l’aptitude du prince à gouverner. Mais j’oubliais, leur secrétaire général siège désormais au conseil de régence. Mohammed VI a tout bien ficelé!

Lire aussi l’article de Lakome sur ce phénomène lors de la nominations de nouveaux gouverneurs et walis par le roi. L’article parle de concours de qui se baisse le plus, comparant cela à de la quasi prosternation.

Enfin, passons, les images parlent d’elles-mêmes. A quand le réveil?


Le cercle des militants en voie de disparition

Il faut bien un peu d’humour en ces temps moroses: Bienvenue au remake du film adulé un temps, le cercle des poètes disparus,  mais à la sauce makhzénienne. La machine répressive est plus que lancée et en excellente santé. Les rangs militants se réduisent au compte-goutte, dans le but ultime que toute manifestation cesse et que les courbettes s’éternisent.

Hamza Haddi

Vendredi 4 mai: Hamza Haddi, militant du 20 février Casablanca est condamné à 4 mois de prison après avoir protesté contre l’expulsion de sa famille. Il a été arrêté avec ses deux frères.  La mère de Hamza a fait un furieux plaidoyer dénonçant le système, condamnant ouvertement le gouvernement et sa corruption, ainsi que le makhzen la police et la justice. Elle déclare n’avoir "plus rien à perdre, plus peur".

Maria Karim et Lhaked

Lundi 7 mai: Moad Belghouat, arrêté le 31mars a enfin tenu sa première séance après plusieurs reports. Une abracadabrantesque bien sûr avec un plaidoyer de l’avocat de la flicaille corrompue, qui a duré 3 heures de long ennui. Le procès a été valeureusement rapporté par @Larbi_org en Live Tweet. On a appris par exemple que la jeune réalisatrice, Maria Karim, porte-parole du groupe de soutien à Moad El Haked, fut prise avec d’autres,  à se moquer des tirades interminables de l’avocat des flics. Celui-ci, vexé, s’en est pris à elle et a déclaré qu’elle l’a insulté. Il a ensuite retiré sa plainte mais Maria a disparu. Ses amis n’ont eu des nouvelles que le lendemain: elle a été emmenée au commissariat belvedere par des flics en civil. Elle a passé 3 nuits en prison avant d’être relachée. Elle devra tout de même comparaître devant le juge,  même si aucune charge ne pèse contre elle.

Moad Belghouat, rappeur irrévérencieux, n’a finalement pas été jugé ce jour-là. Il a attendu le 11 mai. Le verdict a été rendu sans lui, en pleine pause déjeuner. Le juge a du en avoir marre lui-même de reporter la mascarade de procès et a fait tomber sa sentence: un an ferme pour outrage à la police. L’artiste doit être fier de la phrase du ministre de la justice "le procès de Moad est entre les mains du roi". Il est entre de bonnes mains!

Samedi 12 mai:  Le Maroc se transforme en Far West. Des flics en civil mais munis de revolvers,  débarquent en plein café, enlèvent Abdelhalim Beqqali, militant du 20 février à Beni Bouayache.

Abdelhalim Beqqali

Cette province du Rif a connu de nombreux soulèvements ces derniers mois et plusieurs militants ont été arrêtés à différentes reprises.
A ce jour, personne ne sait où est détenu Abdelhalim, ni même s’il est en vie.

C’est l’outrage au peuple, à la liberté, à l’expression sous toutes ses formes,  qui doivent être punis.

Tous aux manifs et sur la toile, tous aux tweets: #FreeHaddi #Freel7a9ed #FreeMaria #FreeBekkali


The Revolution will not be rapped

Translation from the French version reviewed by Massoud Hayoun 

Moad Belghouat aka El Haked

In his poem, The Revolution will not be televised, Gil Scott Heron describes how people who want change don’t necessarily act upon it. He meant that the revolution will not be brought by TV, or home-delivered.
After the beginning of Arab Revolts in Tunisia and Egypt, many analysts fell in the ideological trap of a simplistic or romantic thought, pretending for instance that rap was the spark to the revolutions. In reality, rap has not launched the revolution in Tunisia or Egypt, not any more than social networks like Facebook or Twitter.
The will to revolt in order to change the unbearable situation in which people were in, existed long before the introduction of rap and social media. The Internet or other media tools, have only been vehicles to an expression, to gather movements, ideas and forces.
Morocco has all the ingredients for revolution and yet…
In Morocco, the explosive cocktail of critical rap, self-immolations and protests existed as well but did not have the same impact as his neighbors. Social media was used as well to organize manifestations. Yet, nothing happened, really. A few protests here and there, for the most part only on Sunday and there were way too many slogans floating around – instead of an in-depth critical analysis of the situation and clear demands.
In the meantime, the efforts of the Makhzen (the ruling class and 1% of Morocco) were incredibly well-coordinated: people got massively arrested and beaten, tortured and killed. Instead of resulting in the outrage and the occupation of a Moroccan Tahrir Square, people remained pretty passive.
El Général vs. El Haked: same rage, unequal support
Let’s compare Moroccan and Tunisian revolutionary rap.
For both El Général in Tunisia and Moad El Haked in Morocco, we see a big difference in reaction from civil society:
Tunisia’s Hamada Ben Amor, aka El Général, rapped his message to the Tunisian people about the Ben Ali dictatorship through his song Rayes Leblad (Mr.president). The response was monumental.

On El General’s Facebook page, all the comments in reaction to his song were positive: revolutionaries saw in him a spokesperson and hoped his words would reach the addressee in a way or another. All were also aware of the sacrifice he was willing to make for the people’s cause by attacking directly the president. All told him “May God be with you” and no one let him down when he was arrested along with other bloggers and activists. El Général remained in jail only for three days, because of the intensive campaign led by protesters to free him. And when Ben Ali left, all Tunis was moving in unison with El Général’s rhymes.  Today, El Général sings in the clear light of day, without fear and goes on tour in his country and abroad.

El Haked’s trial one and two and what it means
Today, on Friday May 11, 2012, Moroccan rapper El Haked– whose nickname means the outraged or the spiteful — was sentenced to one year in prison for “insulting authorities” with his rap, especially the song Klaab Addawla (Dogs of the State).
When El-Haked was first apprehended by police in September of 2011, the resulting protests were much weaker than they were for El Général. As a member of the February 20th movement, El Haked gained fame with his controversial songs against the Regime.
The first arrest late last year came immediately after the release of a rap song called Baraka Min SSkate (Enough with Silence) where he challenged the state, singing that it is “out of question that he [the heir] reigns, as long as I am alive”. And he called for people to be more active and to respond to his message.
The Makhzen (1%) acted quickly in that first arrest, concocting a Kafka-esque lawsuit, accusing the artist of beating a security agent.
Although the charges against him were not yet cleared, El Haked was released after the first charge and after spending 4 months in jail. He knew that any false move from his part would send him to jail again.
He nevertheless continued to protest and galvanize people around his denunciation of corruption and human rights abuses. Until the Moroccan authorities found something else to charge him with: a song he released in 2008 on policemen, the aforementioned Klaab Addawla. Highly critical, with an assorted clip showing a policeman with a donkey head. Mouad immediately stated that he did not Photoshop the image and that the video clip was not his. The authorities did not care to further investigate the case. They needed a pretext to put a troublemaker in jail, and they found just that. Moad was jailed on March 30th.
After many adjournments of trial just like the first time, Mouad finally appeared before the judge on May 7th. The trial was scandalous according to @larbi_org and @manaramine’s live tweets: the police defense team made a 3-hour long speech based on French Law and justice system. The defendant and his lawyers were not given the chance to talk and Mr. Omar Bendjelloun, Moad Belghouat’s lawyer noticed at least thirteen flaws of procedure.
During the trial, activist Maria Karim, outraged by the attitude of the police lawyers, insulted them. One of the lawyers decided to sue her for the same charge pressing El Haked insulting the authorities. Maria apologized and the lawyer dropped down the charges. Nonetheless, Maria has been arrested by undercover officers and her family and friends did not know where she was until a day later. She has been released after spending three days in jail and faces a trial in June 7th. And all that, despite the lawyer dropping charges!
Today, during Moad’s trial, the judge took advantage of the lunch break in which the lawyers and the defendant were absent, to sentence Moad to one year in prison.
What this whole affair reveals is that the Judiciary system in Morocco is not independent as the newly adopted Constitution claims – the changes aren’t as revolutionary as some Western media said. Freedom of expression is still not sacred in Morocco.
Now the Moroccan engine of repression seems unstoppable. The trial of one of the most visible and heard figure of the February 20th  movement, is a test of boundaries. If the international community does not act against this injustice, if the media remain silent on El Haked’s case – as the international media largely has – that will show Moroccans that no one really cares if their freedom of speech is disrespected.
Let’s not repeat Libya and Syria mistakes. Let’s not wait for bloodshed to act and protest against injustice. No, the revolution will not be rapped, because freedom is not a given. Freedom is fought for!

Procès Nessma TV, sacrée politique

L’insomnie m’a poussée à revoir le film Persepolis et, ce qui a commencé par une envie de revoir simplement un bon film dont un procès y relatif a soulevé beaucoup d’émules, s’est transformé en visionnage méticuleux avec en fond la montée des islamistes en Tunisie et au Maroc et leurs premiers gestes automatiques de gouvernance : la censure et la réprobation morale.

Une sacralité commode et personnalisée

"Nabil Karoui a été condamné au versement d’une amende de 2.400 dinars (1.200 euros) pour la diffusion au public d’un film troublant l’ordre public et portant atteinte aux bonnes moeurs", stipule le jugement du tribunal de première instance de Tunis. Le gouvernement désormais islamiste a remis en cause une scène représentant Dieu en vieil homme. Toute représentation dans l’Islam sunnite étant un blapshème, les islamistes ont vu en cela une aubaine politique. Les prétextes de maintien de la sacralité sont très à la mode en ce moment: au Maroc le roi n’est plus constitutionnellement sacré mais dans la pratique, toute atteinte à sa personne, même sous la forme de caricatures renvoie à la case prison…et là une question me taraude: lorsqu’on pense à la caricature et que l’on se remémore l’outrage mondial occasionné par celles du Prophète de l’Islam, y a-t-il matière à même sacralité?… Non je divague, de toute évidence, on ne peut mettre un homme au même niveau qu’un Prophète, même s’il est commandeur des croyants, qu’on lui prête allégeance une fois par an et qu’on lui baise obligatoirement la main. Non, ce serait pur blasphème!

Malaise politique avant tout

Mais revenons à la Tunisie et Persepolis: le verdict final ne retient pas l’"atteinte au culte" contre Karoui mais le trouble à l’ordre public est resté. L’avocat de ce dernier déclare à juste titre que "ce sont les extrémistes religieux qui ont attaqué le siège de la chaîne après la diffusion de Perspepolis. S’il y a des coupables, ce sont eux."Ce n’est donc pas la représentation de Dieu qui a posé problème mais celle des islamistes. Certaines scènes font effectivement froid dans le dos, la plus parlante est celle-ci, à partir de 5:40. Après l’exhaltation de la toute première scène évoquant le vent de liberté qui souffle suite à la chute du Shah, l’enthousiasme va decrescendo au fur et à mesure que la république islamiste s’installe…Un rappel peut-être trop semblable à la Tunisie est ce qui transparait et c’est ce qui a fâché.

Le film avait été diffusé au cinéma sans problèmes mais c’est apparemment sa diffusion en dialectal tunisien suivie d’un débat sur l’intégrisme qui a soulevé l’ire des salafistes. L’avocat de Keroui résume :"la justice n’est toujours pas indépendante en Tunisie. Les juges n’ont pas eu le courage de prononcer la relaxe, de peur de la réaction des islamistes. "

Inquiétude

Les premiers pas de la Tunisie post-Ben Ali sont loins d’être rassurants. D’une tutelle dictatoriale laïque, le pays vire vers celle soi-disant morale. On dicte au peuple ce qu’il est bon de voir ou pas, de dire ou pas. Les islamistes tunisiens ont peur de la remise en cause de leur pouvoir et sont tellement dans l’insécurité, qu’il a suffi d’un film pour les troubler. La violence physique fut leur réponse. La  justice et  le gouvernement, en capitulant face à ces actes et menaces, ont ouvert le champ à plus d’extrémisme encore. Rappelons-nous en mars dernier, les assauts de la fac de Mennouba par des salafis  qui ont voulu placer leur drapeau à la place de celui de la république.

En tombant dans le piège d’une censure généralisée, ayant même interdit l’accès des journalistes au procès, une première dans le pays

P.S: une scène de Persépolis est assez éloquente pour le cas marocain…


Ezzedine Erroussi ou le douloureux rappel…

Que les Marocains sont loins de s’unir autour de vraies causes politiques, loins de soutenir un prisonnier qui a été prêt à donner sa vie pour la cause en laquelle il croit.

Pléthore d’articles ont pourtant été publiés sur son combat mais pas de soulèvement massif.

Moha Oukziz, responsable du comité de soutien à Ezzedine, a donné une interview le 13 février dernier, disant qu’Ezzedine était à moitié paralysé, tombait dans le coma tout le temps. Mais…pas de mobilisation. On s’en fout.  Il suffit de voir qu’à ce jour, la pétition avaaz pour la libération des prisonniers politiques, n’a atteint que 144 signatures!! Un scandale, une honte.

Alors puisqu’on s’en fout, que j’en pleure de rage, autant continuer à jeter comme une forcenée à la limite de la débilité confondante, un énième article.

Ah oui, Ezzedine avait aussi écrit une lettre depuis la prison citant les tortures qu’il a subies et dont voici un extrait, mais ça aussi, on s’en fout!

Ezzedine est sorti le 2 mai après 134 jours de grève de la faim. Ici une photo de lui avant son arrestation puis à sa sortie…Ca vous fait quoi de voir ça?

Ezzedine ERROUSSI, détenu  politique

Prison locale de Taza n°d’écrou 7000096

Journal de la torture

Je vais parler dans ce qui suit de quelques épisodes de la torture que j’ai subie depuis mon arrestation. Ce récit ne sera pas exhaustif, car mon état de santé s’est détérioré suite à ma grève de la faim et à mes va et vient entre l’hôpital et la prison. Pour ces raisons, je ne peux pas relater tous les détails en vue d’informer l’opinion publique, tous les militants et les masses étudiantes et populaires. Je ne peux vous informer de tout ce qui a trait aux violations de mes droits commises à mon encontre par le régime en place. J’en ai parlé auparavant en date du 09/01/2012 dans une chronique intitulée « chronique d’une torture » subie dans ma cellule.

Comme tout le monde le sait, j’ai été arrêté le jeudi 01/12/2011, quand les forces de l’ordre de tous bords sont intervenues alors que nous menions notre glorieuse bataille avec un cahier de revendications bien précises. La réponse du régime a été d’envoyer ses espions et ses agents pour épier nos actions.

(…)

J’ai été arrêté par trente agents répressifs, ils m’ont tabassé à coups de matraque jusqu’à ce que je m’évanouisse. Ils m’ont ligoté et tiré par les pieds jusqu’à la voiture blindée, stationnée devant la fac porte ouest du coté du cimetière. Là ils m’ont déshabillé. Ils ont commencé à m’insulter et à me frapper violemment. À plusieurs reprises, ils ont piétiné ma tête et mon ventre. Ensuite, un des agents m’a mis un pistolet dans la bouche en disant «une seule balle et c’en est fini de toi, les années de plomb ne sont pas terminées, tu verras les horreurs que tu n’as jamais vues depuis ta venue au monde».

(…)  Ils ont ligoté mes pieds et m’ont roué de coups de pied. Ensuite, ils ont bandé mes yeux, ils ont ligoté mes pieds et mes mains.

(…)Ils ont mis un torchon plein de boue et d’huile de moteur dans ma bouche. J’ai failli m’étouffer, car ils ont continué à me rouer de coups sur la totalité de mon corps, surtout sur les parties sensibles. Tout ceci était accompagné de provocations verbales et de mots injurieux. Face à mon mutisme, ils m’ont transporté dans la cave. Là, ils ont trempé ma tête dans un seau d’eau et la torture a continué longtemps à ce rythme. J’ai gardé le silence, ils m’ont alors tiré, ont mis ma tête par terre et ont compressé ma poitrine avec leurs pieds. Ils ont encore mis un torchon plein d’eau de la cuvette des WC sur mon visage et ma bouche.

Cette torture a duré plus de six heures non-stop, sans que je ne dise un mot. Ils m’ont alors transporté dans ma cellule. Là, ils m’ont déshabillé encore une fois, et ont refusé de me donner des couvertures avec le temps glacial qu’il faisait à cette époque de l’année. Cette séance de torture a perduré pendant tout le temps que j’ai passé au commissariat. Ils me sortaient de ma cellule, j’avais les pieds et les mains ligotés et les yeux bandés, ils me torturaient et me ramenaient de nouveau dans la cellule. J’avais refusé de parler et mon corps me faisait mal.

Tout mon corps était dévoré de douleurs. J’avais les mains et les pieds cassés. Je ne comprenais pas ce qui était arrivé à mes mains, car ils ne m’avaient pas amené à l’hôpital. Je ne pouvais pas bouger et des douleurs aigües ravageaient mon corps. J’ai refusé de signer leur procès verbal, car je ne savais pas ce qu’ils y avaient écrit. Alors, ils se sont mis à me taper dessus, à me donner des coups de pieds, m’insulter .

Je n’ai pas signé et je ne sais pas s’ils ont signé à ma place.

Est ce que c’est ça la constitution avancée, la constitution des droits et libertés, la constitution qui garantit les droits de l’homme et les droits des détenus? C’est ce qu’a promis le discours historique du 9 mars?

Nous étions convaincus de la démagogie de ces étendards, et nous ne nous sommes jamais leurré. Seuls les ennemis du peuple marocain, les collabos et traîtres les ont applaudis.

La torture psychologique et physique épuisée, le régime en place a eu recours à d’autres méthodes, plus perverses et plus criminelles, me sous-estimant et croyant que tous les marocains sont du bétail. Le régime a même recours à des parlementaires et à des gens qui se prétendent des défenseurs des droits de l’homme et qui ont essayé d’influencer ma famille. J’ignore pour qui ils travaillent.

Dans le cadre de ces pratiques perverses, j’ai reçu, il y a trois semaines, la visite du procureur du roi en présence de mon père. C’était une tentative pour atteindre mon père psychologiquement : ils l’ont convoqué devant le procureur pour me faire du chantage. Ils m’ont promis une bourse permanente comme cela est dû aux étudiants sahraouis.

J’ai obtenu le baccalauréat à Esmara dans le Sahara occidental, où j’ai été scolarisé pendant six ans. Le procureur m’a également promis un droit de visite ouvert à tous mes amis et à tous ceux qui souhaitent me voir, il m’a promis de me « choyer ». Il est allé loin dans le chantage en me promettant de me trouver un travail stable à condition que je mette un terme à ma grève de la faim, d’arrêter la fronde et de m’éloigner des contestataires.

J’ai refusé et j’ai réitéré ma demande de satisfaire les revendications des étudiants et de libérer les détenus politiques, seules conditions auxquelles je mettrai fin à ma grève de la faim. Il a répondu en s’adressant à mon père « regardez votre fils à qui j’ai voulu du bien, il gâche tout et me le rend en mal ». Mon père lui a répondu : « je préfère que mon fils meure plutôt que de vivre humilié, il sait ce qu’il fait, et si moi-même je faisais des études, j’aurais été avec lui ici en prison ».

Mercredi dernier, le procureur auprès de la cour d’appel de Taza est venu me voir avec d’autres illusions à me proposer. Il m’a appelé « MONSIEUR  ERROUSSI» et m’a demandé de rédiger une demande de grâce, seule solution, selon lui, pour ma libération.

J’ai répondu clairement que je n’écrirai pas de demande de grâce, je ne m’inclinerai pas, je ne baiserai pas leurs pieds pour ma liberté. Je ne solliciterai personne et je ne me soumettrai à quiconque, quelque soit son pouvoir.

Notre cause est juste et légitime. Nous seuls, les militants, nous décidons de nos outils démocratiques pour mener nos combats face aux politiques que mène le régime collaborateur, régime qui agit contre les intérêts de la nation, un régime anti-démocratique et anti-populaire. Il sera toujours l’ennemi historique de notre peuple qui trime et qui, pourtant, souffre de la pauvreté et de la répression.

(…)

Je ne renonce à rien jusqu’à la mort et je reste optimiste jusqu’au bout. Ce ne sont pas les moyens militaires de pression qui vont vous terroriser, ni les pistolets, ni les armes des serviteurs du régime, ni même les matraques, ni les arrestations qui vont vous faire peur.

Nous avons la foi dans les masses résistantes et militantes au sein du bastion rouge de Taza. Il se pourrait que ce soit la dernière force que j’aurai pour m’adresser à vous.

On est vivant si on mène une vie avec un objectif.

J’appelle les étudiants à boycotter les examens jusqu’à satisfaction des revendications.

Restez, restons toujours fidèles aux luttes jusqu’à la victoire ou la mort !

 

Ezzedine Erroussi, Probablement le 20/02/2012

    Et il va de soi que son combat ne fait que commencer.  D’abord contre la maladie: après une grève de la faim de 134 jours, son corps est extrêmement affaibli. Il ne peut marcher pour l’instant, ni parler tout à fait. Et puisque personne n’en a rien à cirer, je place la vidéo montrant entre autres les traces des blessures et coups infligés. Attention,   âme sensibles (s’il y en a encore!) s’abstenir. Ca fend l’âme de voir ça. Et ce qui fend l’âme encore plus est de songer qu’il y’en a d’autres dont on ne parle pas ou dont on ignore même l’existence.

Un grand merci en tout cas au site mamfakinch qui a  été le seul à faire une interview avec la soeur d’Ezzedine puisque ce dernier ne peut parler. Un grand merci aussi à  l’AMDH et certains militants anonymes, qui se sont rendus à son chevet après  lui avoir fourni les moyens d’assurer son transfert vers la clinique de Taza ainsi que son hospitalisation. Eux représentent l’espoir digne de la cause défendue avec courage par ce jeune homme. Et les milliers d’autres moins exposés.

Un jour peut-être, les Marocains visés ici apprécieront-ils le sens de cette image!

Chers 1%, nous nous sommes endormis pour un bon moment, nous venons de nous réveiller. Cordialement, les 99%


Chère France, le Maroc tu l’aimes ou tu le quittes!

Deux jeunes lycéennes marocaines se sont vues refuser le concours d’entrée aux grandes écoles par le lycée Descartes de Rabat, sous prétexte qu’elles portent le hijab. Un scandale!

http://www.mamfakinch.com/a-cause-de-leur-hijab-deux-etudiantes-marocaines-interdite-de-concours-au-lycee-descartes/

La France refuse la pénétration de pratiques étrangères sur son territoire. De plus en plus, ceux qui sont français mais d’origine différente par leurs parents et surtout de confession islamique se font taguer d’immigrés même si né(e)s en France.

La France veut préserver l’intégrité de sa culture, de son territoire. pourquoi le Maroc n’aurait-il pas ce même droit? La France s’octroie le droit d’exporter ses lois discriminatoires à l’étranger sur un bout de terrain de lycée. Lycée rappelons-le situé en terre marocaine, fréquenté par des Marocains principalement, donc Musulmans. Car rappelons-le le Maroc est constitutionnellement un pays musulman et le lycée Descartes de Rabat, bien que le prolongement des lycées laïques de France, n’a pas le droit de refuser l’entrée au concours des grandes écoles aux jeunes filles marocaines voilées. C’est une injustice flagrante commise sur territoire musulman et il n’y a pas à discuter. Les lois françaises doivent rester dans l’enceinte territoriale française et respecter l’intégrité territoriale juridique marocaine en adaptant ses lois 100% françaises. Nous ne sommes plus à l’ère du Protectorat. Nous ne sommes plus un pays colonisé. C’est une honte, un scandale qui doit soulever une protestation massive. La ghettoisation des musulmanes et musulmans pratiquants ne saurait avoir lieu dans un pays musulman.

Nous avons déja eu le culot d’importer un débat à la française en mars dernier avec un édito scandaleux sur Tel Quel appelant à débattre si le foulard avait sa place dans les administrations marocaines.

Autre analyse plus détaillée à suivre. Pour l’instant je tiens simplement à marquer l’indignation et souligner ma solidarité avec ces deux lycéennes.


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